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Résidence de 3 semaines en février et mars 2023 au Musée départemental d’Arts et Traditions Populaires de Champlitte.

Travail en collaboration avec le Gang des chiffonnières.

Cette sculpture montre Henry Boguet tel que nous l’avons imaginé, ne disposant d’aucune archive visuelle des sa personne. Ce juge inquisiteur et démonologue, auteur du « Discours exécrable des sorciers », serait né à Pierrecourt en 1550. Il fut grand-juge de St Claude de 1596 à 1616, acquérant une renommée de « brûleur féroce ». La sculpture prendra place dans l’exposition Sorcières du 1er juillet au 31 octobre 2023.

Est-il décent de figurer un bourreau ?

Trop souvent, les auteurs de violences sont absents des récits, escamotés par l’opprobe et le dégoût qu’ils inspirent : « ils ne méritent pas que l’on parle d’eux » . Cette mise au ban les évince du champ préhensible de l’humanité : ils revêtent alors le statut de monstres, d’incarnations du mal, une idée générique et absolue. Ils échappent ainsi à l’examen. En l’absence des bourreaux, les victimes deviennent les actrices principales de l’histoire et se retrouvent seules à en porter le poids. C’est ici de notre point de vue que se trouve la véritable indécence. Pour faire justice, il faut qu’il y ait quelqu’un en face.

Nous choisissons de figurer Henry Boguet dans son humanité corporelle, incarnée, mortelle, afin de lui rendre son statut d’humain et donc sa responsabilité. Lui donner corps c’est le confronter, le citer à comparaître en tant que personne. C’est aussi nous confronter à sa corporalité immédiate et nue, et regarder en face cette réalité: il pourrait être n’importe qui.

Cette œuvre est destinée à intégrer le groupe sculptural « Forêt d’hommes ».

Précisons qu’ici la couleur noire signifie l’inconnu et le mystère, en aucun cas le « mal » ou d’autres notions péjoratives, que l’on retrouve dans les représentations véhiculées par les démonologues et qui malheureusement ont encore cours aujourd’hui.

« (…) ma peur et mon amertume se transformèrent peu à peu en pitié et indulgence, puis, (..) la pitié et l’indulgence disparurent et je connus cette délivrance majeure qu’est la liberté de penser les choses en elles-mêmes. »

Virginia Woolf, Une chambre à soi