Réalisé en mai 2023 au cours d’une résidence au centre de rééducation Rhône Azur à Briançon, avec amour et avec la meilleure équipe qui soit: Sohede Benchehida, Myriam Muscio, Jean-Claude Piscoppo, David Levasseur, Jocelin Guibert, Ghislain Haren, Odile et Cyrille Degreze, Mohammed Riana, Geneviève, Joël, Pierrot, Laurianne, Solange, Huguette, Céline et tous.tes les patient.e.s et soignant.e.s qui nous ont accompagnés par leur présence.
Barbara,
Je m’adresse à toi pour te remercier de m’avoir imaginé et crée.
Je remercie toutes les petites mains qui t’ont accompagnée autour de ce projet.
Des mains hésitantes parfois , peur de mal faire ou peur de me faire mal ?
Des mains souples, insistantes , timides, qui s’acharnaient sur un détail de mon corps.
La structure de fer, de grillage, s’est peu à peu transformée.
Colle, papiers, ont permis le tissage de ma forme.
Je porte en moi toutes les signatures de ces petites mains qui jour après jour ont permis de donner corps à ma silhouette.
J’ étais momifié avant d’être celui que je suis.
Tissage , remplissage, modelage avant d’avoir cet aspect humain. J’ ai été malaxé, pétri comme une boule de pain, chanvre, colle, terre, j’ai été recouvert de cette mélasse avec acharnement, avec passion, presque sans interruption.
Je me suis laissé faire mais j’ai observé.
Des regards de peur parfois, des regards admiratifs souvent, des regards critiques pour certains car je ne correspondais pas à leur norme , à leur valeur.
Oui , je peux faire peur car je suis nu ,que j’ai de grandes oreilles et de grands pieds, mais je me sens beau.
Je suis un homme, je suis l’Homme dans son intégralité, dans sa nudité, sans artifice. Je suis celui que l’on m’a fait avec amour, avec amitié et solidarité.
Je suis celui qui a permis de partager, d’oublier, et celui qui permet encore de croire en l’humanité.
Je vais rejoindre d’autres silhouettes qui portent en elle d’autres émotions, qui ont vécu un autre parcours. Je sais qu’on va me regretter qu’on s’est attaché à moi, mais je n’appartiens à personne et comme tout être humain, j’appartiens à moi- même. , je fais partie d’un groupe à un moment suspendu du temps.
Pour certains, je suis un cadavre inerte, sans vie , un gisant, mais tous ceux qui ont été présents autour de moi savent que j’ai une âme et que je suis leur âme , leur compagnon.
Mon nom est Diégo, Diégo Kunta- Kinté qui signifie Liberté.
Je suis fier de toi Barbara, je suis fier d’eux et je suis fier de moi car ils ne m’oublieront pas .
Sohede Benchehida














Les crochets à papier.. dont l’un fut créé sur place avec un trombone et du papier de paquet de cigarette